La coopération, une innovation vieille comme le monde !

Par Eric Lemoine, Digital Evangelist et CEO fondateur de Reloaded et de House Of Codesign

La transformation digitale percute de plein fouet toutes les structures, c’est peu de le dire ! Chez Reloaded nous le voyons au quotidien avec nos différents clients des entreprises du CAC40, des ETI ou des administrations… Nous arrivons aux limites de modes organisationnels nés de la révolution industrielle, conçus pour produire des biens dans un monde linéaire et simple. Des modèles qui ne sont plus adaptés pour gérer l’écrasement du temps, de l’espace, et ce besoin individuel de recherche de sens et d’autonomie.

Pour résumer la situation par une image simple et familière mais partagée par tous : ça craque de partout !

L’idée de cet article est de prendre un moment pour respirer, prendre un peu de hauteur et surtout remettre en perspective ce que nous vivons dans un contexte historique. Car oui ce que nous sommes en train de vivre est unique dans l’histoire de l’humanité et nous avons la chance d’y participer. Alors autant en avoir pleinement conscience !

Pour répondre à ces profondes mutations, une des valeurs clés de la transformation digitale se trouve être la coopération ou collaboration (ce dernier mot n’ayant pas toujours la même histoire d’un pays à l’autre). Ce terme est à la mode et se retrouve sur toutes les lèvres en ce moment. Ce n’est pas seulement une marotte de consultants pour caser des honoraires, il se trouve que l’intelligence collective est réellement un moyen pour apporter des réponses à de nombreux problèmes économiques, scientifiques, sociaux… Quelques exemples :

– Le projet LHC et la découverte du Boson de Higgs par le CERN ou le projet Rosetta par l’ESA sont peut-être les plus belles réussites scientifiques de notre siècle et des exemples de collaboration incroyable : des projets menés sur des dizaines d’années, avec des enjeux économiques de plusieurs dizaines de milliards d’euros, avec des acteurs de toutes les nationalités répartis aux 4 coins de la planète.

– La gestion de la COP21 s’est appuyée sur un modèle participatif ultra décentralisé et des outils collaboratifs pour remonter, organiser des milliers de contributions.

– A Stanford, les étudiants utilisent le « design thinking » pour apaiser les tensions sociales avec la Police.

Projet LHC : Actuellement, plus de 6000 utilisateurs, soit plus de la moitié des physiciens expérimentateurs des hautes énergies de la planète, venus de toutes les parties du monde, travaillent sur le projet LHC. Une preuve que le CERN encourage la collaboration interrégionale et stimule le progrès scientifique.

Si ce besoin de coopération se fait ressentir, ce n’est pas tant que les problèmes de communication et d’organisation soient totalement différents depuis une trentaine d’années, c’est surtout que les technologies de l’information poussent naturellement à travailler en réseau. Le réseau, c’est l’essence même de l’organisation de l’Internet : des milliers de serveurs reliés les uns aux autres qui communiquent ouvertement ensemble via un langage unique et ouvert TCP/IP.

La culture digitale porte philosophiquement les concepts d’une collaboration ouverte qui ont permis de créer des services pour porter ces valeurs dans notre quotidien : le mail, les réseaux sociaux, les messageries instantanées, les plates-formes collaboratives, la block chain …  Ces outils nous permettent à chaque instant de passer de consommateur à producteur d’information. Ce dernier rôle de producteur a toujours été réservé à l’élite de notre société : penseurs, politiques, journalistes, cadres dirigeants. C’est un mouvement de libération qui vient saper les bases d’un modèle pyramidal et d’une communication top/down. Aujourd’hui, nous sommes tous media, pour le meilleur et pour le pire !

Le monde scientifique et les pères fondateurs de l‘Internet ont imaginé un monde organisé autour de valeurs universelles : la collaboration internationale, la neutralité du réseau, l’open source, l’open data… Et ce n’est pas par hasard si l’interface graphique de l’Internet : le Web, est né au Centre Européen de Recherche Nucléaire (CERN). Une invention qui partait du besoin pour une organisation composée de milliers de scientifiques répartis aux quatre coins de la planète de pouvoir partager leurs découvertes rapidement et facilement..

Ces nouveaux principes de communication ouvrent une brèche historique qui nous ramènent à un mode opératoire beaucoup plus naturel, plus efficace sur le long terme, plus durable…

Et si l’homme était né pour coopérer ?

Le vivant est né, il y a 3 milliards d’années, de la collaboration entre des cellules qui ont préféré associer leurs fonctions unicellulaires pour se développer, plutôt que de stagner.

La coopération, c’est le premier comportement social du vivant !

C’est aussi ce qui a permis à notre espèce, l’Homo sapiens, de s’organiser et de survivre alors qu’il était sûrement le mammifère le moins bien doté physiquement, en perfectionnant un modèle social assez unique : la famille et le clan.

Tout autour de nous, notre environnement nous montre des fonctionnements similaires à toutes les échelles du vivant.

Notre monde à suivi tranquillement son petit bonhomme de chemin sur des centaines de millions d’années, en ne faisant évoluer le système que très partiellement et en l’adaptant aux évolutions de l’environnement, notamment en testant de nouvelles collaborations. Les humains se sont calqués sur ce rythme en reprenant les rites et les techniques de leurs ancêtres sans attendre plus, sans imaginer pouvoir changer leur avenir.

Avec la Renaissance et le Siècle des Lumières, un tout nouveau concept émerge en Occident : le progrès. Demain peut être différent, demain peut être meilleur, je peux espérer mieux pour mes enfants !

Les découvertes scientifiques de l’époque ont permis de lever le voile sur de nombreuses superstitions. Le monde n’est pas plat, nous ne sommes pas le centre de l’univers… De la même façon, c’est un mouvement de libération qui s’est créé avec comme apogée la Révolution Française et les droits de l’Homme.

Si chacun devient maître de son destin et libre de ses choix, alors c’est la naissance d’une nouvelle notion implicite à ce système : la compétition ! La confiance en l’avenir pousse chaque individu à se dépasser mais surtout à dépasser l’autre. Mauvaise nouvelle, il n’y aura pas de place “en première” pour tout le monde !

Pour exister et se généraliser au plus grand nombre, un nouveau système à besoin que tous les acteurs adoptent cette nouvelle philosophie. Ainsi, tout a été organisé pour que l’esprit de compétition soit au coeur de notre culture : éducation, économie, nationalisme, sport … Pas une seconde sans un classement des meilleures écoles, des entreprises les plus rentables, des sportifs les plus performants, des nations les plus riches… Cette course au toujours plus, arrive elle aussi à la limite d’un monde aux ressources finies. C’est la fin de la compétition !

Et nous revoilà aujourd’hui avec notre constat de départ : ça craque de partout…

C’est comme si la coopération, ce comportement social tellement naturel pour nous, avait hiberné ces 3 derniers siècles et qu’aujourd’hui, individu après individu, il se réveillait pour nous montrer un nouveau chemin.

Des fonctionnements des plus étonnants sont en train de naître :

– Les 100 millions de jeunes joueurs de Minecraft se réunissent chaque jour sur ce jeu de type bac à sable. Ici le seul sport est de collaborer à la construction d’un monde en “lego pixel”. C’est aujourd’hui l’équivalent de 40 fois la surface de la planète qui a été aménagé par ces nouveaux bâtisseurs. Il n’y a rien à gagner, seulement le plaisir de mener un projet ensemble.

– Plus près de nous, l’école 42 propose une formation en 3 ans pour devenir un codeur avec une méthode pédagogique totalement collaborative. La particularité, il n’y a aucun enseignant dans l’école.

– Notre économie commence même à se transformer autour du mode collaboratif, c’est les travaux de Jeremy Rifkin: “Le capitalisme va devoir vivre avec l’économie collaborative”.

Reloaded est né pour proposer aux entreprises de nouveaux formats de travail comme la startup week (article à venir) ou du design thinking. C’est quelque part de la rééducation, comme un Kinésithérapeute. Nous sommes à chaque fois étonnés par la vitesse à laquelle les collaborateurs se remettent à travailler ensemble et trouvent facilement des solutions à des problèmes complexes. Pendant un instant, ils oublient les organisations en silos et développent un esprit d’équipe, de clan !

En conclusion, je laisse la parole à Sophie que j’ai croisé 3 jours après un atelier de Design Thinking : “Franchement on a vraiment fait un super travail et j’en parlais avec mes collègues, surtout quel plaisir on a eu à travailler tous ensemble”.

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